L'animatrice Lorraine Brodeur et les participants

Renforcement de l’identité humaine dans l’action

Une réflexion sur une expérience vécue et les émotions ressenties illustre comment le renforcement de l’identité humaine se fait à travers des actions de la vie quotidienne et nécessite des efforts constants.

Auteure : Lorraine Brodeur, parent et grand-parent, témoigne de son évolution sur le plan humain.

Dans ce texte, j’aimerais vous faire part d’une expérience vécue et de ma réflexion sur un thème qui me tient à cœur : le renforcement de l’identité humaine dans l’action. Ce thème a fait l’objet d’une table ronde que j’ai animée et qui était organisée par la Société de recherche en orientation humaine.

Avant de parler de mon expérience personnelle, je voudrais préciser ce que signifie l’expression « identité humaine » selon l’approche d’intervention préventive multidimensionnelle de Guitounii. Cette approche m’a aidée à mieux comprendre ce que je vivais et vis encore. L’identité humaine est présente dès la naissance et comporte trois dimensions, ce que représente le schéma plus bas :

  • la dimension instinctive (besoins de base : respirer, manger, boire…),
  • la dimension émotionnelle (émotions : joie, peur, tristesse…),
  • la dimension rationnelle (capacité de penser, d’apprendre…).

À ces trois dimensions s’ajoutent deux mécanismes de base : l’insécurité et la volonté de puissanceii. Comme je ferai appel à ces deux mécanismes dans la description de ce que j’ai vécu, il me semble utile de les expliquer brièvement.

  • L’insécurité naturelle, qui découle du choc de la naissanceiii, est présente tout au long de la vie lorsque la personne se retrouve face à l’inconnu, au changement ou à des incapacités. Comprendre et apprivoiser cette insécurité conduit à développer des capacités, à être prudent et à se protéger.
  • La volonté de puissance est un élan naturel présent à la naissance chez tout être humain et qui le pousse à utiliser son pouvoir d’agir par lui-même pour devenir de plus en plus autonome.Animer une table ronde constitue un défi important pour moi, car j’anticipe et je crains le jugement des autres. Accepter de le faire m’a donc placée dans une situation nouvelle. Cette expérience comportait une part d’inconnu et me faisait vivre de l’insécurité. Je me sentais en dehors de ma zone de confort. Toutefois, si je laissais cette insécurité entraver mon désir d’agir, mon évolution serait freinée.

Voyons maintenant comment j’ai contribué à renforcer mon identité humaine à travers une expérience personnelle.

Animer une table ronde constitue un défi important pour moi, car j’anticipe et je crains le jugement des autres. Accepter de le faire m’a donc placée dans une situation nouvelle. Cette expérience comportait une part d’inconnu et me faisait vivre de l’insécurité. Je me sentais en dehors de ma zone de confort. Toutefois, si je laissais cette insécurité entraver mon désir d’agir, mon évolution serait freinée.

En parallèle, j’éprouvais de l’insatisfaction liée à ce que je percevais comme une difficulté à faire une présentation et à animer une discussion avec un groupe de personnes qui, par leur travail, avaient elles eu la chance d’exercer ce rôle. Selon moi, elles étaient plus compétentes en la matière. En même temps, mon goût de développer et de maîtriser ces habiletés pour devenir de plus en plus compétente me poussait à agir. C’était ma volonté de puissance qui se manifestait ainsi, car elle m’« incit[ait] à chercher le moyen de grandiriv   ».

Parallèlement et de façon régulière, je vis un sentiment qui m’amène à ne pas vouloir être prise en défaut. J’ai plutôt tendance à me tourner vers des activités où je suis plus expérimentée et où mes talents, aptitudes et habiletés sont sollicités. Ces activités représentent moins de défi pour moi et me procurent plus de satisfaction, et quand je les pratique, je n’ai pas à affronter le malaise associé au fait de ne pas me sentir à la hauteur.

En me restreignant à des activités dans lesquelles je me sens à l’aise et compétente, je « joue un tour  » à ma volonté de puissance en lui laissant croire que je suis plus forte que réellement. D’un autre côté, mon besoin d’acquérir de nouvelles compétences reste insatisfait parce que je mets de côté le défi qui se présente à moi – dans le cas de la table ronde, celui d’être capable de communiquer plus aisément pour être en mesure de l’animer.

En cherchant à comprendre ce que je vivais, j’ai pris conscience de mon sentiment d’admiration envers les gens qui ont cette grande facilité de communication. Tout en prenant conscience de mes émotions, j’en suis venue à comprendre rationnellement que c’était important pour moi de développer cette capacité pour poursuivre le renforcement de mon identité. C’est pour cela que je me suis lancée dans l’aventure de faire une présentation et d’animer cette table ronde malgré les insécurités que cette situation me faisait vivre. À toujours remettre les actions qui m’auraient permis d’atteindre mes ambitions, j’ai vécu des frustrations et du stress qui, à la longue, ont pu être néfastes pour ma santé physique et émotionnelle.

Ma famille et certains de mes amis et amies ne considèrent pas le développement de cette capacité comme si utile. Lorsque j’ai fait mon choix, qui allait à l’encontre de leur point de vue, je me suis libérée par le fait même d’une dépendance au jugement et à l’acceptation des autres. Je suis sur la voie de développer plus de confiance et d’être fière de moi.

Par cet exemple, j’ai voulu illustrer concrètement le thème de la table ronde. Préparer et animer cette activité était pour moi une action concrète qui m’a aidée à continuer à renforcer mon identité humaine.

Il est important de faire la distinction entre l’identité humaine et les identités sociale et culturelle. Les identités sociale et culturelle sont la résultante des influences de l’environnement physique et social, des conditionnements, de la culture et de l’époque. Elles rassemblent également le savoir acquis, le mode de vie et le rôle social. On consacre souvent plus d’efforts à consolider ses identités sociale et culturelle. Pourtant, le renforcement de l’identité humaine est essentiel pour se sentir bien avec soi-même et pour jouer son rôle dans la société.

Pour développer son identité humaine, on a besoin d’être à l’écoute de soi, de reconnaître ce qu’on ressent, d’utiliser ses capacités cognitives pour comprendre les enjeux de ce qu’on vit et pour faire des choix d’actions en accordant une place aussi importante aux dimensions émotionnelle, rationnelle qu’instinctive. On doit également créer un équilibre entre la recherche de sécurité et l’expression de la volonté de puissance pour continuer à renforcer son identité humaine tout au long de sa viev.

Références

Pour une définition de cette approche, voir Legendre, R. (2005). Dictionnaire actuel de l’éducation. Montréal : Guérin, p. 1073.

ii Guitouni, M. et Brissette, Y. (2000). Au cœur de l’identité – L’intelligence émotionnelle. Montréal : Carte Blanche, p. 15-16
Guitouni, M. et Normand-Guérette, D. (1993). Entretiens avec Moncef Guitouni sur ses études du comportement des jeunes. Québec : Presses de l’Université du Québec, p. 155-158.

iii Durant la grossesse, le bébé est dans un environnement protégé, mais à sa naissance, il est projeté dans un monde inconnu. C’est un choc pour lui. Il vit alors tout un changement avec des sensations de toutes sortes qu’il n’a jamais éprouvées. Tout cela l’amène à ressentir une insécurité qui est naturelle et qui est liée au processus de sa naissance. Étant donné qu’il est entièrement dépendant des gens qui l’entourent, son insécurité est amplifiée.

iv Guitouni, M. et Brissette, Y. (2000). Au cœur de l’identité : l’intelligence émotionnelle. Outremont : Carte Blanche, p. 143.

v Pour en savoir davantage sur ce sujet, on peut consulter le texte suivant : 
Létourneau, M. et Normand-Guérette, D. (2017). Équilibrer la volonté de puissance et l'insécurité pour renforcer l'identité, Psychologie préventive. Chronique sur l’intelligence émotionnelle, en ligne : http://www.sroh.org/fr/intelligence-emotionnelle-section/216-equilibrer-la-volonte-de-puissance-et-l-insecurite-pour-renforcer-l-identite