Présentation du numéro 47 de la revue Psychologie préventive

Compte rendu de la table ronde du 21 janvier 2015

Thème: Au cœur de la prévention : réflexion, engagement et action

Animée par :

Micheline Létourneau, psychoéducatrice, M.A. en Sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal

Monique David, enseignante retraitée

Denise Normand Guérette, orthopédagogue, professeure associée au Département d’éducation et formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal

Micheline Létourneau, Vanessa Sit, Denise Normand-Guérette, Monique DavidLe 21 janvier 2015, un auditoire constitué de citoyens et de professionnels de tous âges œuvrant dans des domaines variés (éducation, technologie, affaires, psychologie, …), assistait à la présentation officielle du 47e numéro de la revue Psychologie préventive.

Après un court exposé mettant en relief la dimension préventive de leur texte, les auteures ont engagé le dialogue avec les participants. L’animation dynamique de madame Hedia El Ourabi, membre du conseil d’administration de la SROH, a suscité des échanges stimulants, basés sur des expériences vécues, et tournés vers la recherche de moyens d’action à caractère préventif. Plusieurs thèmes ont été abordés.

« Nos tout-petits et la télévision : risques et prévention »par Micheline Létourneau, intervenante sociale auprès des familles en difficulté et enseignante au collégial.

  • En cette ère numérique où les écrans prolifèrent, la télévision continue d’occuper une place centrale dans les maisons. Or, c’est avant tout l’interaction de l’enfant avec les personnes qui s’occupent de lui ainsi que l’ « expérience » et la découverte du monde réel qui permettent au jeune enfant de se développer sur les plans moteur et cognitif.
  • Un des exemples présentés par l’auteure illustre bien cette dynamique. Il est essentiel pour le développement du cerveau d’un bébé et de ses habiletés communicatives d’interagir avec un adulte réel qui réagit à ses sourires, aux sons qu’il émet, à ses regards insistants. Par contre, devant la télévision, le bébé répond par un sourire au sourire de l’adulte perçu à l’écran, mais la boucle de communication s’arrête là : il n’y aura pas de rétroaction de cette personne aux réponses ou aux efforts de l’enfant.
  • L’American Academy of Pediatrics identifie en effet plusieurs études ayant démontré que les enfants de 18 mois et moins qui sont exposés à la télévision peuvent souffrir d’un retard du développement du langage. De plus, une étude allemande effectuée auprès de 2000 enfants de 5 et 6 ans a démontré une différence très nette entre les dessins des enfants passant moins de 60 minutes par jour devant la télévision et ceux y passant plus de 180 minutes par jour. Contrairement aux premiers qui dessinaient des bonhommes complets, ces derniers dessinaient des bonhommes incomplets et même difformes.
  • Les échanges qui ont suivi ont souligné l’importance de la présence et de l’intervention des parents lorsque les jeunes enfants regardent la télévision afin de les aider à prendre une saine distance devant les messages véhiculés, à être conscients de leurs émotions et à comprendre pourquoi tel type d’histoire les rejoint plus que d’autres.
« Ils étaient des bâtisseurs, peuvent-ils encore l’être? » par feu Moncef Guitouni, présenté par Madame El Ourabi.
  • Cet article invite à la recherche de solutions pour proposer un projet de société qui rallierait à la fois les baby-boomers, les jeunes qui cherchent à faire leur place et les citoyens issus de l’immigration pour que chacun dépasse ses objectifs et trajectoires personnels dans le but de construire un mieux-être ensemble.

« Un voyage à bord du train des mots »par Monique David, enseignante retraitée.

  • Cet article a suscité beaucoup d’enthousiasme et d’interactions avec l’auditoire. L’auteure souligne que les causes de l’analphabétisme sont multiples et que ses répercussions sont énormes dans la vie de tous les jours. L’expérience rapportée par madame David s’inscrit à la fois dans les volets éducatif et sociétal de la prévention. Elle y décrit le soutien à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture qu’elle a offert à un jeune père motivé à surmonter ses difficultés, entre autres, afin de pouvoir lui-même aider ses enfants qui entrent à l’école et entament leur propre « voyage à bord du train des mots ».
  • L’auteure explique comment elle a d’abord établi une relation de confiance grâce à son attitude de reconnaître le courage de cet adulte qui avait l’humilité d’admettre ses difficultés en lecture. Elle a utilisé une démarche adaptée à ses besoins : elle est partie de sons et de mots concrets, essentiels dans la vie quotidienne de ce père qui est aussi un citoyen engagé dans sa communauté.
  • Cette expérience a eu des retombées sur trois générations : par le développement de l’autonomie et de la fierté de soi de ce jeune papa, par le soutien qu’il apporte à ses enfants et par le défi que l’auteure a elle-même relevé. Elle conclut : « Le courage de ce papa m’a amené à foncer à mon tour. Si lui est capable de relever le défi d’apprendre à lire et écrire, moi je peux relever le défi d’écrire un article. »

« Intelligence émotionnelle: Comment apprivoiser les émotions »par Denise Normand-Guérette, rédactrice en chef de Psychologie préventive.

  • Cet article est le premier de lanouvelle chronique portant sur l’intelligence émotionnelle(IE). Il aborde les émotions et l’idée que dans notre vie quotidienne, nous avons besoin de capter et de comprendre nos propres émotions et celles des autres et pour y parvenir, il est nécessaire de développer notre IE. C'est une capacité incontournable pour comprendre qui nous sommes. Cette chronique a été introduite dans le but de proposer une réflexion à partir de situations vécues et d'apporter un soutien à celles et ceux qui veulent développer leur IE.
  • Une personne qui développe son IE est en mesure de mieux définir ce qu’elle ressent au plan émotionnel en identifiant le stimulus à l’origine de la réaction émotive. Elle travaille également à équilibrer cette émotion, au lieu de tenter de la contrôler, de la maîtriser ou de l’étouffer.
  • En équilibrant nos propres émotions, nous travaillons au renforcement de notre identité humaine. Cette identité renforcée aide à faire des choix en analysant les conséquences de laisser libre cours à certaines émotions parfois excessives, à comprendre les raisons de nos comportements, à vivre moins de frustration, d'angoisse et de stress, à agir avec courage, à ressentir une fierté personnelle.

Les échanges entre les participants et avec les auteures ont permis de faire des liens entre les différents thèmes traités. Notamment, le rôle de l’intelligence émotionnelle a été souligné pour aider les parents et les enfants à mieux saisir pourquoi ils deviennent « accros » face à la télévision et comment se libérer de cette emprise. Une mère a déclaré avoir pris conscience de l’importance des interactions avec des personnes réelles pour favoriser le développement de l’enfant ainsi que des risques de l’exposition à la télévision.

Par rapport à l’alphabétisation, deux exemples ont aussi mis en évidence le potentiel d’apprentissage de tout être humain. Un aîné de 85 ans a appris à lire pour ne pas être démuni si sa femme décédait avant lui. Une jeune fille de 18 ans ayant une trisomie 21 a appris à lire et à écrire grâce à ses parents, et non à l’école. Actuellement, l’écriture lui permet de communiquer car elle a de grandes difficultés à s’exprimer par la parole. Ainsi, à tout âge et malgré des difficultés liées à un diagnostic de déficience intellectuelle, il est possible d’apprendre.

Par ailleurs, différents moyens ont été suggérés pour s’engager dans des actions préventives. Voici trois exemples :

  • informer les parents des risques de l’exposition des tout-petits à la télévision pour intervenir de façon préventive ;
  • inclure l’IE dans la formation des enseignantes/enseignants et des éducatrices/éducateurs de la petite enfance pour qu’ils développent leur propre IE et qu’ils puissent aider les enfants à la développer ; organiser des rencontres avec les parents pour travailler dans le même sens ;
  • utiliser des articles de la revuePsychologie préventivecomme déclencheur pour discuter de différents thèmes avec des collègues de travail et des amis.

De plus, plusieurs jeunes professionnels ont exprimé leur intérêt d’avoir participer à cette conférence car c’est une occasion pour eux de prendre le temps de discuter de sujets qui les rejoignent dans ce qu’ils vivent au travail, dans leurs relations interpersonnelles et au plan émotionnel. Cela répond à leur besoin de réflexion et à leur « soif d’apprendre ». Plusieurs participants ayant souhaité poursuivre la réflexion, la SROH organisera des tables rondes autour des thèmes traités dans le numéro 47 dePsychologie préventive. Pour plus d’information: Cette adresse courriel est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pourcommander la revue

Compte rendu par Joanne Larose avec la collaboration de Denise Normand-Guérette et Laurence Therrien