Compte rendu de l'activité du 20 novembre 2013

Invitée : Mme Joanne Pharand, Ph. D. Sciences de l’éducation
Montréal,  le 20 novembre 2013

L'intelligence émotionnelle est depuis quelques années devenu un thème à la mode, voire pour certains, une panacée à tous les maux. Il s’agit d’un concept abordé notamment en management, mais dont la manifestation ou la compréhension réelle semble souvent incertaine. Sur un plan pratique, la dimension émotionnelle dans la communication peut paraître abstraite, car elle repose sur le fait que l'intervenant doit s'engager dans une démarche personnelle pour reconnaître ses émotions, les comprendre, les autoréguler et, comme le disait Guitouni (2000), découvrir le stimulus à l'origine de ces manifestations émotionnelles.


Pas toujours facile comme démarche, mais il est possible de devenir émotionnellement compétent pour comprendre les effets des émotions sur nos manières d’être et d’agir. Comme intervenant, l'éducateur doit être à l'affut des émotions de colère, de joie, de tristesse, de peur ou de surprise qu’il vit et qui oriente ses comportements, cela dans le but d’aider les jeunes à faire de même et à vivre des relations plus harmonieuses avec eux-mêmes et avec les autres.

Joanne Pharand a illustré comment les émotions peuvent être prises en considération dans les relations interpersonnelles et comment l’intelligence émotionnelle peut être apprise en milieu scolaire en proposant une démarche simple, mais exigeante, tout en donnant des résultats positifs. Comme l’a présenté notre conférencière, des jeunes ayant participé à une recherche en cours ont fait preuve, sans utiliser le mot, d’une conscience émotionnelle étonnante en arrivant, grâce au climat de confiance et à travers un dialogue constructif avec l’enseignant, à mettre des mots sur des émotions ressenties. Cette démarche permet une mise au point favorisant la capacité d’action du jeune en éveillant chez lui des voies d’amélioration possibles. Pour l’enseignant, ce cheminement favorise l’émergence d’une plus grande sensibilité au vécu du jeune, même à l’extérieur de la classe, rendant ses interventions plus appropriées.

L’école dispose-t-elle suffisamment du temps pour privilégier le processus de connaissance des émotions et de l’intelligence émotionnelle? Oui, à la condition d’intégrer à ses interventions une démarche de réflexion continue par rapport aux émotions vécues et aux moyens d’autoréguler les effets de ces manifestation sur soi et sur les autres. Que l'on pense à comment cette démarche peut aider à dissiper le brouillage cognitif causé par l'interférence émotionnelle suscitée, par exemple, par l'asymétrie entre ce qui est dit et ce qui est ressenti! Songeons aux gains qualitatifs pouvant être réalisés par cette démarche! Reste à savoir comment? Joanne Pharand a pu, grâce à ses travaux et ses interventions, baliser quelques pistes d’avenir.

L'intelligence émotionnelle est un processus de découverte qui nous aide à mieux se comprendre et à mieux comprendre les autres. Il s'agit de l'un des vecteurs du développement de l'identité et l'une des assises de l'éducation et de l'évolution humaine. Pour la SROH, il s’agit de l’un des fondements de sa mission – pour une vision de l’humain dans la société. Merci à Joanne Pharand pour cette occasion privilégiée de réflexion et d’échanges durant cette conférence publique.

P. Luc Dupont, Président

À lire : Joanne Pharand et Manon Doucet (2013). En éducation, quand les émotions s’en mêlent. Enseignement, apprentissage et accompagnement. Québec : Presses de l’Université du Québec - Préface de Moncef Guitouni