Le 15 avril dernier, la Société de recherche en orientation humaine (SROH) accueillait à Montréal Dre Monia Mazigh1 en qualité de conférencière pour nous entretenir du thème : La femme musulmane : entre tradition et modernité.  L’idée de cette activité visait à nous fournir quelques clés pour mieux comprendre les diverses réalités de la femme musulmane.

C’est avec une touche d’humour que la conférencière a d’entrée de jeu  rappelé à notre mémoire que «l’habit ne fait pas le moine» ou dans ce contexte particulier, que «le voile ne fait pas la musulmane». Espérer comprendre les diverses réalités de la femme musulmane n’est pas une tâche facile alors que la pratique et les us et coutumes diffèrent  d’une région à l’autre, que ce soit en Afrique du Nord, en Afrique sub-saharienne, au Moyen-Orient, en Asie et plus récemment en Occident. Les héritages patriarcaux ou les usages tribaux sont souvent confondus avec la quintessence de la religion.  La diversité des pratiques, des courants et des croyances au sein même de la religion musulmane est présente tout comme cela existe dans d’autres religions.  Les croyances peuvent être inspirées de préceptes communs mais appliqués dans un contexte culturel et géographique particulier. Certaines de ces pratiques d’inspiration patriarcale ou tribale occultent parfois la religion et contribuent à alimenter les appréhensions et la méfiance par des actions qui vont à contrepied de la modernité.


S’ajoute à ces éléments de diversité, des dimensions culturelles ou sociales, des enjeux politiques qui tendent à complexifier l’ambition de comprendre cette réalité. Le désir de compréhension se transforme parfois en confusion alors que nous devenons témoins, par médias interposés, de conflits qui affligent plusieurs de ces régions. Les images qui y sont associées agissent dans le même sens.
Notre conférencière a précisé ne pas être  une spécialiste des études coraniques, une sociologue, une historienne ou une anthropologue. Elle a cherché à nous apporter son témoignage de femme, imprégnée de foi, de soif de liberté et de formation scientifique. Détentrice d’un doctorat en finance de l’Université McGill, notre conférencière est une Canadienne d’origine tunisienne qui s’est établie chez nous en quête de connaissance et de liberté au début des années 1990.

Monia MazighNotre conférencière a commencé à porter le voile non pas pour afficher de manière ostentatoire ses croyances religieuses, mais pour être cohérente avec ses croyances, ses valeurs, ses convictions dans son rapport avec le spirituel.  Pour ceux qui l’ont entendue, ils auront compris que le port de ce couvre-chef ne s’inscrit pas dans un processus de soumission mais bien dans un processus de spiritualité qui inspire et enrichit sa vie.  Cette démarche lui permet de donner un sens à la vie, de lui inspirer le courage dans l’adversité et de réaliser ses aspirations au bonheur.   Ses propos incitent à la réflexion, à la conciliation de la science, de la connaissance et de la spiritualité.

Le prisme médiatique d’événements politiques se déroulant à des milliers de kilomètres ou des tragédies familiales ayant lieu à proximité amplifient le sentiment d’appréhension à l’égard d’une religion méconnue au Québec.

Les stéréotypes entourant la femme musulmane sont multiples, tenaces; ils constituent des raccourcis utiles pour communiquer et convaincre du bien-fondé d’une cause, d’une idéologie ou d’un parti pris. Mais que connaissons-nous de la femme musulmane?

L’exposé de notre conférencière a su illustrer combien à travers l’histoire, le statut de la femme dans la société a représenté un enjeu social, politique parfois idéologique sans que la principale intéressée ne soit partie prenante du processus.  Au nom de la femme, des puissances coloniales ont pu donner une légitimité à actions et développer un discours narratif pour asseoir leur dessein géopolitique  au nom d’une mission civilisationnelle, celui de la sauver la femme. Alors que se consolidait leur emprise, la cause de la femme fut bien souvent reléguée au second plan alors que les ressources affectées à l’éducation de la femme se raréfiaient.  La cause de la femme devenait ainsi un moyen pour justifier la fin : l’exploitation du territoire.  En réaction, les éléments nationalistes, se sentaient parfois interpelés pour adopter à l’égard de la femme des principes encore plus conservateurs. La femme se retrouvait alors entre l’arbre nationaliste et l’écorce du colonisateur.

Notre conférencière a démontré par ses propos et son engagement, qu’elle se distingue comme  citoyenne engagée, ouverte et courageuse, capable de contribuer pleinement à l’évolution de notre société. Cette conférence et le débat qu’elle a suscité, ont su apporter un éclairage utile et pertinent sur diverses réalités vécues par les femmes musulmanes. Il reste cependant beaucoup de sensibilisation à faire pour mieux connaître les différentes dimensions de leur vécu. En favorisant des efforts de sensibilisation, il nous est permis d’espérer que nous puissions éviter les jugements sommaires fondés sur ce que les personnes portent sur leur tête pour plutôt s’intéresser à ce qu’elles ont dans la tête et dans leur cœur et la manière dont cela se traduit par leurs actions dans le réel.

Luc Dupont, président

1 Dre Mazigh a été propulsée à l’avant-scène de l’actualité en 2002 quand son mari, Maher Arar fut déporté en Syrie où il a été détenu sans aucune accusation et torturé pendant plus d’an. Durant ce temps, Dre Mazigh a livré un combat inlassable pour faire libérer son mari et à lutter sans relâche pour rétablir sa réputation et demander réparation.  En janvier 2007, après une longue enquête, le gouvernement du Canada a finalement présenté ses excuses à son mari et a accordé une indemnité à lui et sa famille pour la terrible épreuve vécue.